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GROSPELLIER Bertrand |
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LELLOUCHE Anthony |
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HAIRABEDIAN Roger |
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BIECHEL Rémy |
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MIARA David |
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TARDIEU François |
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ROZEL Roland |
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COHEN Robert |
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LAOUAR Belkacem |
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ZEITOUN Gérard |
La France à l‘honneur
Bruno Fitoussi
Figure incontournable du paysage français, le champion du monde de Head’s Up Bruno Fitoussi a réalisé une performance exceptionnelle en se hissant à la deuxième place du H.O.R.S.E des WSOP 2007. Un talent inestimable que l’intéressé n’exploite que modérément, puisqu’il n’est pas un professionnel de poker.
Portrait & Interview Raquel Azran (juillet 2007)
Bruno Fitoussi vient de réaliser, en cet été 2007, ce qui est sans doute la plus belle performance française de ces dix dernières années : il est arrivé second de l’épreuve du H.O.R.S.E, l’épreuve la plus prestigieuse des World Series, considérée par les experts et les puristes comme le véritable championnat du monde, devant le Main Event. D’abord de par son droit d’entrée : 50.000 $, une somme que peu de joueurs peuvent se permettre d’engager dans un tournoi. Ensuite par son essence même : cinq variantes sont pratiquées alternativement, force est donc de maîtriser pleinement chacune d’elles pour y participer. Résultat, seuls les meilleurs joueurs de la planète se retrouvent dans ce tournoi le plus élitiste et le plus classant au monde. Ainsi, en réalisant l’extraordinaire exploit de se hisser jusqu’à la seconde place de cette compétition, Fitoussi s’adjuge en quelque sorte le titre officieux de vice-champion du monde de poker. Plutôt bluffant quand on sait que Bruno, contrairement aux professionnels surentraînés, ne dispute qu’une douzaine de tournois l’an ! Qui sait quels ravages il pourrait faire s’il se consacrait au poker à plein temps ?
Architecte de formation, Bruno se lance d’abord dans l’univers de la production musicale. L’aventure, fructueuse, durera quatre années. Mais ce touche-à-tout, curieux et, comme tous les ambitieux, éternel insatisfait, veut goûter à de plus grandes sensations, à celles qui le font vibrer et qu’il ne trouve qu’autour des tapis verts. On est en 1989 et Paris n’a encore rien à offrir en matière de poker. Il fait alors ses valises et, avec l’argent qu’il a retiré de la vente de sa société, s’installe à Londres. Emerveillé, il y trouve un poker sérieux et organisé. C’est à cette époque qu’il perfectionne son jeu, notamment grâce à la lecture d’ouvrages techniques et à des discussions aussi passionnées qu’interminables avec d’authentiques professionnels. Deux ans plus tard, c’est le saut de l’ange, direction Las Vegas. Il découvre d’autres variantes, joue à des limites de plus en plus élevées et devient un familier des piliers internationaux du poker, au contact desquels il apprend encore. Deux ans et un mariage plus tard, Bruno est de retour en France. A la naissance de son premier enfant, en 1993, il décide d’abandonner le poker au niveau professionnel pour se consacrer à sa famille. Mais le poker, lui, ne l’abandonne pas. En 1995, il est à l’origine de l’ouverture de la poker room de l’Aviation Club de France et, en 1998, en devient le directeur. Fort de ses relations nouées outre-Atlantique, il fait rapidement de l’ACF l’une des plus prestigieuses poker room d’Europe et l’une des plus connues dans le monde, la première en outre à accueillir une étape européenne du WPT. En 2000, Fitoussi quitte l’ACF pour lancer VIP Gaming, une société de consulting pour organisateurs d’événements poker. Il est aussi commentateur pour les chaînes Eurosport, Direct8, Paris Première… Avec un emploi du temps aussi surchargé, « the King » trouve encore le temps de nous éblouir par d’authentiques exploits en tournoi ! Il remporte la première édition des Championnats du monde de Head’s Up à Vienne, en 2001, arrive 8e du WPT Five Star du Bellagio en 2003 et 15e du Main Event des WSOP la même année, une édition où les 20 derniers joueurs en lice sont tous des pointures : Marcel Lüske, Freddy Deeb, Dutch Boyd, Phil Ivey, Dan Harrington, Sam Farha… Rien que ça ! Enfin, en 2005, il passe déjà à un fil du sacre en terminant second du 1500 $ Razz des WSOP. Avec beaucoup d’humour, Bruno confie : « Je suis malin : en arrivant 2e, je me laisse une marge de manœuvre pour progresser ! » Sûr que pour la prochaine fois, il aura suffisamment « progressé »
Tout d’abord, je tiens à te féliciter pour cette magnifique performance. Arriver second au H.OR.S.E, quel sentiment cela te procure-t-il ?
Que du bonheur, évidemment ! C’est bien sûr une grande satisfaction intérieure, presque un aboutissement. Arriver deuxième d’une compétition où tu es confronté aux 150 meilleurs joueurs du monde, c’est fabuleux. Et contrairement à ce que l’on peut penser – on me pose souvent cette question – je ne suis absolument pas déçu. Comment pourrais-je l’être ? Pour moi, aucun bracelet, aucun tournoi ne vaut la deuxième place du HORSE. A l’exception du bracelet du Main Event. Et je suis fier d’être le dauphin de quelqu’un comme Freddy Deeb, que je connais bien et que je respecte beaucoup. Il mérite complètement sa victoire.
En abordant cette finale, étais-tu anxieux, intimidé ? Craignais-tu certains joueurs plus que d’autres ?
Non, je n’étais ni anxieux ni intimidé mais au contraire concentré. Je savais que cela allait être difficile, mais pas impossible. Je savais aussi qu’il me faudrait bien gérer mes jetons, que le gaspillage, si minime soit-il, était à proscrire. En effet, j’ai tendance à me disperser et à perdre des jetons inutilement quand je suis devant. Même en finale, la structure était encore assez bonne, elle permettait de jouer vraiment les coups. Ce qui impliquait de sélectionner avec beaucoup de soin les mains qu’on allait jouer. Quant à être intimidé par certains joueurs, non. Je respecte évidemment chacun d’entre eux à leur juste valeur, je ne sous-estimais personne, mais je n’étais pas impressionné. Je le dis sans arrogance mais sans fausse humilité non plus : je n’avais aucune raison de l’être. J’évolue dans le milieu du poker depuis 30 ans, je connais bien tous ces briscards, les Doyle Brunson, les Chip Reese, les Barry Greenstein, contre lesquels j’ai souvent joué en tournoi – moins en cash game car ils jouent à des limites trop élevées pour moi. Et je peux te dire qu’aucun d’entre eux n’a été surpris de me voir arriver si loin dans le tournoi. De toute façon, je n’ai jamais peur quand je joue au poker. On ne peut pas gagner la peur au ventre.
Avec un peu de recul, comment qualifierais-tu ton jeu lors de ce tournoi, et lors de cette finale en particulier ?
J’ai joué un poker atypique, j’ai tenté de nouvelles choses, et je crois que j’ai très bien exécuté les plans de jeu que je m’étais fixés sur chaque coup dans lequel je me suis engagé. J’ai d’ailleurs hâte de voir la retransmission télévisée de la finale, avec les cartes de chacun, pour me souvenir de ce que j’ai fait et comment les autres ont réagi à mes moves ! Dans ces moments-là, ces moments où tu développes un très bon poker, où tu te sens bien, où tu n’as pas peur et où tout, ou presque, te réussis, tu es dans ce qu’Isabelle Mercier et moi qualifions de « la zone ». C’est une espèce de capacité à entrer dans la tête des joueurs, à lire leurs jeux, à anticiper leurs relances… Car ne nous leurrons pas. A ce niveau de jeu, la technique, nous l’avons tous. C’est ce petit quelque chose d’inexplicable, venu d’on ne sait trop où, qui, à un moment donné, fait la différence et te permet de prendre l’avantage sur les autres joueurs. Moi, j’ai eu droit à ce moment de grâce pendant la finale.
Mais il faut dire aussi que j’ai eu à un moment donné un gros rush de cartes. En un tour de Hold’em, j’ai eu une paire d’As, de Rois et de Dames ! Et j’ai gagné ces trois mains ! Mon tapis est alors devenu très confortable, et c’est là que le tournant s’est opéré, c’est là que j’ai vraiment pris la confiance et ça m’a sûrement aidé à entrer dans « la zone ».
Dans le H.O.R.S.E, cinq variantes différentes sont jouées (voir encadré, ndlr). Lesquelles maîtrises-tu le mieux, et lesquelles aimes-tu le moins ?
Je maîtrise bien le Hold’em et j’aime beaucoup l’Omaha, qui est un jeu très technique. C’est d’ailleurs le jeu que je considère comme le plus classant. A l’inverse, je n’aime pas trop la famille des Stud Games. Ou plus exactement, j’aime moins, car j’ai moins d’automatismes qu’au Hold’em ou à l’Omaha. Ce sont des jeux qui demandent beaucoup de mémoire et des calculs très rébarbatifs. Je suis un peu plus à l’aise au Razz et au Seven Stud Hi/Lo – qui est une variante complexe et extrêmement technique – qu’au Seven Stud Hi, car ce sont deux variantes auxquelles j’ai beaucoup joué dans ma vie, ce qui m’a donné des bases assez solides. Ceci dit, mieux vaut maîtriser toutes les variations de Stud si l’on a quelque prétention au H.O.R.S.E ! Car le H.O.R.S.E est composé aux trois cinquièmes de Stud Games. Mais disons que j’ai compensé mon handicap relatif aux Stud Games par un bon niveau de Hold’em, d’Omaha et de Razz.
Toi qui as été le premier champion du monde de Head’s Up en 2001, ce résultat est-il ta plus grande fierté ?
Oui et non. En réalité, je suis encore plus fier du résultat que j’ai fait au Main Event. Je suis arrivé 461e mais je crois que c’est lors de ce tournoi que j’ai joué le meilleur poker de ma vie. En effet, j’ai survécu durant trois jours sans avoir vu de jeu. Et pourtant, je n’ai jamais lâché prise, mentalement j’entends. Ce que j’ai habituellement du mal à faire : c’est l’une de mes principales faiblesses. Pour te donner un exemple, au bout d’une heure de jeu, j’ai eu une paire de Rois. Mon adversaire, qui avait une paire de Neuf en main, a floppé son brelan. Il y a quinze ans, j’aurais certainement perdu mon tapis sur le coup et sauté au bout d’une petite heure de tournoi. Il y a cinq ans, encore la moitié. Là, j’y ai laissé moins d’un tiers de mes jetons. Et j’ai continué à me battre, j’ai gardé un mental de vainqueur. Et j’ai ainsi atteint le Day 3 sans avoir plus jamais vu une bonne main. C’est pour moi, à titre personnel, une énorme réussite et une fierté encore plus grande que la deuxième place du HORSE.
A propos de faiblesses, quelles sont les tiennes ? Et quelles sont aussi tes forces ?
Ma faiblesse ? Mon impatience, et mon mental. Les deux sont d’ailleurs liés. A ce niveau-là, je suis très franchouillard ! On observe ce défaut chez la plupart des sportifs français : quand ils sont devant au score, c’est l’euphorie, ils deviennent quasiment imbattables. En revanche, dès qu’ils sont menés, ils perdent patience, baissent les bras et leur jeu s’effrite rapidement. C’est une question de mental. J’aimerais avoir un mental de battant, à la Russe ou à l’Américaine. J’y travaille, apparemment avec quelque succès. C’est d’ailleurs pourquoi je suis si fier de mon résultat au Main Event : en dépit des cartes, j’ai conservé le moral et la volonté d’aller le plus loin possible. Les défauts que l’on peut corriger nécessitent bien sûr de l’entraînement, de la réflexion, des lectures sur l’aspect tactique et technique du jeu. Voilà pour ce qui relève du « contrôlable ».
Mais pour ce qui est de mes forces, je ne saurais vraiment dire. Ce sont celles de tous les bons joueurs : je crois que c’est un don qui ne s’explique pas vraiment, une capacité d’empathie qui permet d’entrer dans la tête des autres, de les lire. Mais je crois surtout que c’est un don. Pourquoi Federer est-il si bon ? Il n’est ni plus grand, ni plus fort que la majorité des autres joueurs du circuit tennistique, et il ne s’entraîne pas davantage qu’eux ! Il est simplement plus doué.
Cette victoire a-t-elle modifié ta façon de jouer ? Te sens-tu plus fort ?
Oui, incontestablement. Je me sens plus fort, et cela a des répercussions immédiates sur mon jeu : je me sens meilleur, donc je joue mieux. Mon jeu a comme acquis une « brillance » de plus. Je découvre une nouvelle dimension du poker, que je ne soupçonnais presque pas. Plus intimement, cette victoire m’a apaisé, elle m’a rendu plus zen. C’est une immense satisfaction intérieure, car je pense n’avoir plus rien à prouver.
Tu ne joues pas beaucoup en tournoi, mais fais-tu beaucoup de cash games ? En cercles, en privé, sur Internet ?
Je joue une à deux fois par semaine en cercle, « chez moi », à l’ACF. En revanche, je ne joue que très rarement en parties privées ou avec des amis, et je le déconseille d’ailleurs à tout le monde. En parties privées, pour des raisons évidentes de triche. Et contre des amis, quand on joue de l’argent, c’est un jour ou l’autre source de conflits et de problèmes. Quant à Internet, même si c’est un vecteur fantastique – accessibilité, immense variété de tarifs, de jeux – ça ne reste qu’un ersatz. C’est comme un amateur de Formule 1 qui piloterait un simulateur… De plus, les lois actuelles en contraignent fortement l’utilisation, ce qui est bien dommage.
A mon avis, une belle expérience poker se déroule dans un cercle de jeux, dans un cadre prestigieux et avec des équipes professionnelles et qualifiées. Comme à l’Aviation Club de France !
Toi qui es une des figures essentielles du poker en France, et qui a vécu cette explosion du jeu de l’intérieur, comment l’expliques-tu ?
L’explosion du poker en France, c’est d’abord l’explosion du poker aux Etats-Unis et dans le monde. Et le Big Bang du poker, c’est la création du World Poker Tour par Steve Lipscomb, en 2000. On peut vraiment dire qu’il y a un avant et un après WPT, ce show télé extraordinaire, réalisé de main de maître et produit par ce personnage visionnaire qu’est Steve Lipscomb. A la périphérie de ce Big Bang, il y a l’Internet, cet outil formidable de simplicité et d’accessibilité. C’est la conjugaison de ces deux facteurs qui a créé l’engouement auquel nous assistons aujourd’hui, et imposé le poker, non comme un phénomène de mode, mais comme un phénomène de société, qui a immédiatement fasciné la planète entière. Comment aurait-il pu en être autrement ? Car le poker porte en lui tous les ingrédients de la vie, personnelle comme professionnelle. C’est le schéma moderne de la compétition sans la violence.
Et comme tout ce qui touche les Etats-Unis finit par arriver en France, le poker est arrivé chez nous. Mais là aussi, le fait que le public français a découvert le poker via Canal+, la chaîne in et branchée, à travers le WPT, présenté et commenté par une star comme Patrick Bruel, explique pourquoi la sauce a si bien pris.
Avatar de cette explosion, de nombreux jeunes rêvent aujourd’hui de devenir professionnels. Quels conseils pourrais-tu leur donner ?
De déterminer rapidement la part de passion et de raison dans leur choix. C’est comme tout : on peut être passionné de golf, de tennis, de musique sans pour autant en faire sa profession, tout simplement parce qu’il faut du talent. Un jeune qui voudrait se lancer dans une carrière de joueur professionnel doit absolument avoir conscience qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, que cette vie est une vie souvent solitaire et faite de désillusions. Il faut surtout faire ce choix par passion et non pour la réussite. Tous les chanteurs, tous les acteurs ne sont pas des stars, mais ils sont heureux de faire un métier qu’ils aiment et dont ils vivent. Pareil dans le poker : tous les joueurs ne sont pas des stars, et tous ne croulent pas sous les millions. Il faut en être conscient et pouvoir l’accepter. Le but ne doit pas être la gloire mais simplement faire ce qu’on aime le plus si on sait le faire. Sans quoi ce choix de carrière ne peut être qu’une impasse.
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