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BENYAMINE David |
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GROSPELLIER Bertrand |
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HAIRABEDIAN Roger |
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BIECHEL Rémy |
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LELLOUCHE Anthony |
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MIARA David |
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TARDIEU François |
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ZEITOUN Gérard |
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COHEN Robert |
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ROZEL Roland |
Croupiers,
Les instruments du hasard
La passion du jeu, l’amour des cartes, ou tout simplement l’opportunité d’un emploi : toutes les raisons sont bonnes pour devenir croupier. Une profession de plus en plus demandée depuis le boom que connaît le poker. Mais derrière les paillettes des casinos et le strass des clubs se cache une réalité parfois difficile… Enquête.
18h00. A l’heure où les fonctionnaires rentrent du travail, Thomas, lui, s’apprête à peine à commencer sa journée. Qui, comme toujours, ne terminera que tard dans la nuit, voire au lever du jour. Dans une salle isolée du cercle de jeux où il se rend quasi quotidiennement, il s’apprête à enfiler son uniforme noir, duquel aucune poche n’est apparente. Ce soir, comme quatre autres soirs de la semaine, il est assuré de terminer en table finale. Peu importe que la chance soit au rendez-vous ou pas, il sera au centre du jeu et tous les regards seront posés sur lui. Et pour cause : Thomas est croupier. Cela fait maintenant trois ans qu’il travaille de nuit dans l’un des 7 cercles de jeux de la capitale qui offrent du poker. Du Texas Hold’em à l’Omaha Hi/Lo, du Courchevel au Stud en passant par le Nullot et le RAZZ, il maîtrise toutes les variantes et les subtilités du poker. Pourtant, rien ne prédestinait ce jeune de 27 ans à être croupier : il n’était pas joueur, n’avait pas baigné dans un univers de jeu et n’avait même jamais été attiré par les cartes : « Je suis arrivé là complètement par hasard », lâche-t-il. Après avoir obtenu un BTS en action commerciale, il a longuement cherché un travail dans la vente, en vain. Un de ses amis lui propose alors de postuler pour un poste de croupier. Moins d’une semaine après avoir déposé sa candidature, il entame la formation dispensée par le cercle. « L’entretien d’embauche s’est déroulé très rapidement : les diplômes étaient clairement secondaires, on a surtout testé ma motivation. Puis, après vérification de mon casier judiciaire, j’ai rapidement été embauché ».
Apprentissage des règles, ramassage et séparation des jetons, mélange des cartes et distribution, contrôle de la table, de la légitimité des mises et des relances, calcul des pots… Autant d’éléments qu’il lui fallait impérativement connaître pour pouvoir exercer sa nouvelle profession, autant de notions qui lui étaient étrangères il y avait encore peu et qu’il devait maîtriser au sortir de son instruction. Deux semaines plus tard, il est fin prêt à distribuer les cartes. Seul, face à un par terre de gambleurs prêts à l’insulter à la moindre hésitation, au premier miss deal ou pire, à l’erreur dans l’attribution d’un pot ou d’une somme… S’il avoue volontiers en avoir bavé au début, il n’envisage plus aujourd’hui de retourner vers la vente. « C’est vrai qu’au départ, ce devait être un job d’appoint, le temps de trouver un travail en rapport avec mes compétences. Mais il y a longtemps que j’ai arrêté de chercher à côté. Aujourd’hui, je gagne mieux ma vie que mes amis qui ont persévéré dans le commerce ». Alors que l’argent est encore LE sujet tabou pour la direction des cercles comme pour les employés, Thomas accepte d’en parler sans complexe. Il perçoit un salaire fixe de 1400 euros bruts, pour 35 heures de travail hebdomadaire, mais les pourboires et les « fétiches » lui permettent aujourd’hui d’aller jusqu’à doubler son revenu mensuel. Un salaire qu’il juge « honorable » pour un travail qui ne demande aucun diplôme ni aucune qualification particulière. Mais dont les nombreuses contraintes poussent chaque soir des croupiers à la démission…
RIEN NE VA PLUS
En effet, si Thomas apprécie pleinement sa profession, le constat diffère pour bon nombre de ses collègues. Beaucoup considèrent le métier comme un interlude avant « autre chose », et démissionnent moins d’un mois après avoir débuté. « Je ne pouvais plus concilier travail et vie de famille », confie Eric, ancien croupier d’un prestigieux cercle parisien. « Je rentrais à l’heure où ma femme partait travailler, et comme je bossais tous les week-end, je n’avais que peu de temps pour profiter de mes deux filles. J’ai rapidement été amené à démissionner sous risque de perdre ma famille ». Même constat d’échec pour Mathieu : « Quand je sortais du cercle, je ne pouvais pas rentrer chez moi, j’étais fatigué mais il me fallait évacuer le stress. Résultat, je claquais tous les soirs les pourboires amassés plus tôt, et je dormais toute la journée. Je passais des semaines entières sans voir le jour… ».
Au stress et aux horaires décalés s’ajoute la monotonie inhérente à la profession. D’où une forme de lassitude et d’ennui qui gagne jusqu’aux croupiers les plus volontaires et les plus impliqués. « Il n’y a rien de plus lassant que de dealer dans les tournois quotidiens », explique Sarah, qui vient récemment de quitter le monde du jeu. « Tu fais quotidiennement les mêmes gestes, tu répètes inlassablement aux joueurs de mettre leurs blindes, de ne pas miser avant leur tour, d’annoncer leur relance quand ils mettent une grosse pièce… Il y a vraiment des jours où je deviens folle…Sans compter le fait que tu es assise toute la journée, que tous les joueurs te dévisagent et qu’à la fin de la journée, l’odeur de la cigarette te colle à la peau ! ». Plus grave, le manque d’égards et de respect dû à leur profession, que les croupiers dénoncent unanimement. Il est rentré dans les mœurs d’être insolent, voire injurieux face à un croupier, exutoire malheureux de toutes les frustrations des joueurs. « Ah non, pas lui ! Pas ce croupier, il me fait perdre tout le temps, ce chat noir ! ». Si cette phrase répétée à l’envi autour des tables reste dans les limites de la « courtoisie », les croupiers ne dénombrent plus les multiples insultes dont ils sont quotidiennement les victimes. Mais face à l’agressivité des clients, ils se doivent de rester stoïques : interdiction de répondre aux frasques des joueurs, sous peine de perdre leur place. Dans ces moments là, seule la direction peut intervenir pour prendre leur défense… La résistance est le maître mot pour persévérer dans la profession. Nerveuse comme physique. Car si les croupiers sont aux 35h, ils sont présents sur leur lieu de travail plus de 10 heures par jour. Leur contrat stipule que les poses obligatoires ne sont pas rémunérées. Dix minutes de break pour trente minutes travaillées : leur durée de travail s’en trouve ainsi allongée. Sans compter les heures supplémentaires effectuées pour pallier les absences et les démissions toujours plus nombreuses… Et malheur aux croupiers qui ne disposent pas de moyen de locomotion. La direction ne rembourse pas les taxis. Ainsi il est devenu monnaie courante de voir dormir des croupiers dans les salles de repos, et ce jusqu’à l’ouverture du premier métro… Autant de contraintes qui expliquent que l’on ne « dure » généralement pas dans ce métier. Et pour faire face à ce turn over, les cercles font de plus en plus appel à des croupiers qui ne travaillent qu’en « extra ».
DES JOUEURS ENTRE DE BONNES MAINS
C’est en effet la tendance du moment, le compromis idéal qui permet aux cercles de combler leur manque de personnel et aux employés de ne pas s’user trop rapidement. Sébastien, 26 ans, est croupier en extra deux jours par semaine. Il touche 10 euros de l’heure. Etudiant en économie, son job de croupier lui permet de financer ses études. « Aujourd’hui c’est plus facile d’être croupier que serveur. Je jouais au poker depuis deux ans. Je n’ai eu besoin d’aucune formation pour dealer, le maniement des cartes est venu naturellement ». Autre catégorie d’«extra », mais de luxe celle-là : celle des croupiers stars qui ne dealent que des très grosses tables de cash game ou des tournois d’envergure. « Babette est la plus jolie croupière du monde », s’extasiait Patrick Bruel dans son commentaire de la finale WPT du grand prix de Paris en 2004. Après avoir exercé la profession de croupière pendant cinq ans, elle ne deale plus désormais que lors de prestigieux tournois. « J’ai démissionné suite à mon accouchement, mais il est aussi dur de quitter le monde du jeu que d‘ y entrer, c’est une petite famille ». Pour dealer devant les cameras des WPT et des EPT, le mieux est encore de travailler pour l’un des établissements hôte. Car c’est au receveur de l’étape qu’incombe le choix des dealers. Lors des big tournament, tous les employés sont réquisitionnés, mais leur nombre est parfois insuffisant. Pour autant, les places restantes sont chères. « Mieux vaut avoir des relations pour dealer lors des étapes du tour », confirme Babette. L’aspect financier et l’excitation de l’événement poussent de plus en plus de croupiers à tenter leur chance. Si la rémunération diffère en fonction des tournois, elle s’élève en moyenne à 200 euros par jour. Un tarif attractif, qui ne tient pas compte des pourboires élevés perçus par les croupiers lors de ces tournois exceptionnels. Car parallèlement au Main Event, les joueurs jouent de très grosses parties de cash games…
FAITES VOS JEUX
Ces prestigieux tournois attirent aussi une nouvelle génération de croupier. Des jeunes garçons, passionnés pour ne pas dire joueurs addicts, qui ont découvert le poker sur le Net, et pour lesquels entrer dans le milieu du poker est déjà une victoire, et ce quelle que soit la porte. Fan des Phil Ivey et autres Gus Hansen, ils rêvent de suivre le chemin d’Isabelle Mercier. Pour eux, leur rôle de donneur de cartes n’est qu’une étape avant de devenir joueur professionnel. Peu importent les contraintes, les horaires, les vexations, les sacrifices… Leur seule contrariété se résume à la frustration de ne pouvoir jouer. A brasser chaque soir des milliers d’euros pour le compte des autres. Une fois les cartes distribuées, ils analysent le profil des joueurs, essayent de lire le jeu des clients, vibrent sur les coups… Ils jouent durant les poses, et quand ils quittent le cercle, ils se rejoignent pour des parties privées. Leurs vies gravitent autour des cartes, les bad beats sont leurs principaux sujets de discussion, la façon de jouer une paire d’As, leur unique objet de discorde. « Pour mes parents, je suis un extraterrestre. Ils voient encore le poker comme un jeu à cinq cartes fermées. Croupier rime à leurs yeux avec roulette et casino, ils ne connaissaient pas l’existence des cercles avant mon arrivée », raconte Jérémy. Il a lâché ses études il y a maintenant six mois pour devenir croupier, une situation que ses proches ne comprennent pas. Pour lui dealer s’apparente à un art : il est constamment en train de peaufiner sa méthode de distribution, à la recherche du geste parfait qui alliera grâce et rapidité. « Plus tu deales vite, plus tu amasses de l’argent et plus tu gagnes des pourboires. Et mieux tu deales, plus tu as de chance de te faire remarquer et d’évoluer ». Mais ne nous leurrons pas, tous ne deviennent pas des « Babette ». Les perspectives d’avenir restent faibles pour les croupiers. Hiérarchiquement, ils sont le premier maillon des employés de jeu dans les cercles. Viennent ensuite les caissiers, puis les floors managers…
LA MAIN PASSE
Pour le floor manager, plus question de distribuer ; et pourtant il a toutes les cartes en main ! Placé sous la responsabilité du directeur de salle, il officie en tant que chef des croupiers. Ses missions sont diverses mais convergent vers le même but : veiller au bon déroulement des parties. A l’inverse des croupiers, pour lesquels la réserve est de mise, l’autorité est nécessaire pour les floors. C’est ce qu’explique Sylvain, en poste depuis maintenant quatre ans dans un club parisien : « Le croupier doit être transparent, il n’est pas en mesure de prendre des initiatives. Au moindre incident, il est tenu de m’appeler. Je viens faire appliquer la règle et le jeu reprend ». Une situation qu’il doit gérer avec psychologie. Car s’il est facile de recadrer les petits tapis, il ne faut surtout pas froisser les gros clients. Les règles ne sont pas les mêmes pour tous. Les abus sont plus ou moins tolérés en fonction du tapis des clients. Comme les physionomistes, le floor doit choyer les gros joueurs et répondre à leurs attentes. Leurs places sont réservées et leurs demandes exécutées. Si un dealer ne leur « revient » pas, il le fera changer ; si un joueur est odieux mais qu’il dépense beaucoup, il sera supporté. En contrepartie de quelques billets verts, le joueur est partout chez lui… « Depuis que j’occupe ce poste, je n’ai renvoyé que deux personnes. Le premier pour avoir descendu des jetons, le second pour des insultes racistes. D’une manière générale les joueurs savent se tenir. Quand ils vont trop loin, une menace d’exclusion suffit à les calmer. Le jeu, c’est leur vie, ils ne veulent pas prendre le risque d’être interdit », tempère Sylvain. Proche des habitués, le floor n’est pas pour autant leur ami. Il est tenu de garder ses distances s’il veut garder la confiance de sa direction qui le nommera un jour, peut être, directeur de salle…
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