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GROSPELLIER Bertrand |
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LELLOUCHE Anthony |
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HAIRABEDIAN Roger |
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BIECHEL Rémy |
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MIARA David |
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TARDIEU François |
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ROZEL Roland |
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COHEN Robert |
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LAOUAR Belkacem |
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ZEITOUN Gérard |
Daniel Negreanu :
Parce que le poker le vaut bien
Portrait Raquel Azran – Interview Georges Djen (Barcelone sept 2007)
Modèle de fairplay, de gentillesse et de disponibilité, Daniel Negreanu est rapidement devenu une figure incontournable du jeu. Son style travaillé, mêlé d’audace et de prudence, alliant intelligence et instinct, a fait de lui une valeur sûre du circuit. Depuis son entrée fracassante dans le Top Ten des meilleurs joueurs de la planète, le Kid Poker tient son rang, et revendique un rôle d’ambassadeur dignement assumé. Rencontre avec l’icône moderne du poker actuel.
Sans conteste le joueur le plus sympathique du circuit international, Daniel Negreanu en est aussi l’une des plus grandes stars actuelles. Aucun hasard dans ce parcours d’exception : la vocation de Daniel se déclare très tôt. Au grand dam de sa mère – qui a totalement revu ses positions depuis ! – il abandonne ses études à 17 ans pour devenir professionnel de poker, et court les casinos de Toronto, sa ville natale, ainsi que les parties clandestines. A 21 ans tout juste sonnés – l’âge minimum légal pour jouer dans les casinos du Nevada – il part pour Vegas mais dilapide rapidement son capital sur les tables de cash game. Pas découragé pour autant, il retourne au Canada, se reconstitue un bankroll et retourne à Vegas. Ce petit manège dure deux années, durant lesquels le jeune Canadien, pétri d’ambition et de détermination, affûte son jeu. Son acharnement ne tarde pas à payer. En 1997, il remporte deux titres au World Poker Finals de Foxwood et le trophée du Meilleur Joueur du tournoi. L’année suivante, il décroche son premier bracelet WSOP à l’épreuve du 2000 $ Pot Limit Hold’em et devient alors, à 23 ans, le plus jeune joueur de l’histoire à détenir un titre WSOP – un record qu’il détiendra jusqu’en 2004, quand Gavin Griffin, alors âgé de 22 ans, remporte lui aussi le mythique bracelet. A partir de cette victoire, le monde du poker n’aura plus d’yeux que pour celui qu’on surnomme désormais le « Kid Poker ». Dès lors, le Canadien enchaîne les tournois, sans distinction. Car ce n’est pas le prestige qui l’intéresse, mais les résultats.
Humble et avide d’apprendre, il cherche avant tout à se perfectionner et à acquérir une grande expérience. Pari gagné, les victoires sont au rendez-vous. Il arrive souvent dans les places payées et se place régulièrement en table finale. Mieux, il accroche un deuxième bracelet en 2003, à l’occasion du 2000 $ S.H.O.E. Mais c’est en 2004 que cet entraînement stakhanoviste portera ses plus beaux fruits : un bracelet WSOP au 2000 $ Limit Hold’em et deux titres WPT, le premier à l’épreuve finale de l’Open de Borgata et le second à l’épreuve reine du WPT, la Grande Finale du Five Diamond. Au terme de cette année exceptionnelle, Negreanu sera sacré Joueur de l’Année 2004 par le magazine américain CardPlayer, auquel il apportera dès lors sa contribution au travers d’articles techniques. Il s’impose aussitôt comme un guide, voire un « mentor » du jeu : un rôle qu’il prend très au sérieux, et auquel il a toujours consacré énormément de temps et d’énergie. Indéniablement, le poker actuel lui doit beaucoup. 2005 sera en revanche moins glorieuse pour notre héros : la faute à toutes les sollicitations extérieures qui l’ont perturbé dans son jeu – médias, partenariats en tous genres… Mais Daniel se ressaisit et se débarrasse du superflu. Ainsi, il rompt l’engagement qui le liait au casino Wynn de Las Vegas, trop contraignant, et revend le site de jeu qu’il avait créé, FullContactPoker. Sous l’influence de sa femme, Lori Lin, il réduit ses virées nocturnes et se tourne vers davantage de spiritualité. Il avoue ainsi : « Lorsque j’ai besoin de me retrouver ou de me concentrer en tournoi, je pense à Dieu ». Une méthode qui semble fonctionner, puisque Daniel a retrouvé le chemin du succès et des tables finales : 2e au Tournament of Champions en juin 2006, 3e au WPT Five Diamond en décembre 2006 et deux tables finales aux WSOP 2007. Le Kid est là pour durer, et il a bien l’intention que ça se sache…
Barcelone septembre 2007
Tu joues au poker depuis l’âge de 17 ans. Ta « vocation » de joueur professionnel s’est déclarée très tôt ? Assez, oui. J’ai découvert le poker grâce à des amis et j’en suis vite tombé amoureux. Je me suis rapidement rendu à l’évidence, et j’ai compris que jouer au poker, c’est ce que j’allais faire toute ma vie. Avec ma bande d’amis, nous jouions 3 à 4 fois par semaine, de petites sommes. Autant te dire que je n’avais pas de « don » particulier, je ne savais vraiment pas ce que je faisais ! Pour te donner un exemple, le premier livre sur le Texas Hold’em que j’ai lu, un livre très simple pour débutants, expliquait naturellement qu’il ne fallait pas jouer toutes les mains mais opérer une sélection. J’en suis tombé de ma chaise ! Durant ces années-là, on peut dire que les bases de mon jeu se sont mises en place, dans les grandes lignes. J’ai pas mal appris notamment de deux des joueurs de cette partie, John et Benny, simplement en les regardant : le premier jouait de façon très sélective et gagnait tous les jours ; quant au second, qui a rejoint notre bande un peu plus tard, c’était tout l’inverse. Il était ultra-agressif, relançait tous les coups et jouait littéralement comme un malade. Nous n’étions pas habitués à cela, nous ne comprenions pas ce qui se passait et il est vrai que nous avions tendance à nous coucher très souvent ! Au final, mon jeu s’est construit autour de ces deux extrêmes. Il est le résultat de la combinaison d’un jeu à la fois conservateur, prudent, et très agressif. J’ai essayé d’extraire le meilleur de ces deux approches, les « trucs » qui marchent. De façon générale, j’ai toujours essayé d’incorporer à mon style de jeu les stratégies gagnantes chez les autres joueurs, de sorte à avoir le maximum d’armes possibles à mon arsenal.
C’est alors que tu es allé à Las Vegas. Je crois savoir que ça ne s’est pas franchement bien passé… ? (Rires) Non, pas vraiment ! J’avais environ 21 ans et je croyais déjà être le meilleur joueur du monde… J’ai vite déchanté. Perdu dans cette arène de fauves, j’ai rapidement perdu tout mon bankroll – 3.000 $ –, pris au passage une bonne leçon d’humilité et je suis retourné dare-dare au Canada ! A partir de ce moment-là, je n’avais qu’une idée en tête : me refaire une petite santé financière et progresser assez pour retourner le plus vite à Vegas. C’était devenu une obsession, il fallait que je prenne ma revanche. J’y suis retourné au bout de 8 mois, toujour avec 3.000 $ en poche mais j’ai encore tout perdu. Les joueurs là-bas étaient encore un cran au-dessus de moi. J’ai ainsi fait plusieurs allers retours à Las Vegas, et quelquefois je priais pour avoir encore assez d’argent pour rester jusqu’au week-end ! L’apprentissage a été rude, j’ai perdu mon bankroll plusieurs fois, et j’ai dû m’en reconstituer un à chaque fois. Mais cette école a été la meilleure. J’ai énormément progressé, affiné mon jeu, et appris bien des choses que je ne soupçonnais même pas, tant sur le jeu que sur les joueurs, leur profil, leur style etc. Finalement, au bout d’environ 3 ans, en 1999, mon jeu s’est mis en place, il avait gagné en consistance et en cohérence, et une fois que j’ai eu mis suffisamment d’argent de côté, j’ai décidé de m’installer définitivement à Vegas. Tu jouais en cash game ou en tournoi ? Les deux. Le cash game me permettait de vivre, mais pas encore de me payer l’entrée de tournois importants à 2.000 ou 3.000 $. Du coup, je faisais des Sit&Go et des satellites pour essayer de gagner une place dans un tournoi majeur. En 1996, j’ai fait le super satellite pour le Main Event. Il y avait 9 places à gagner, et j’ai terminé 11e. J’étais effondré. Je n’ai pu participer à un tournoi des WSOP avant 1998. Mais je l’ai gagné ! Après cela, j’ai joué en cash game à des limites de plus en plus élevées – je suis passé de la 20$/40$ à la 40$/80$ pour ne plus jouer qu’à la 300$/600$. Et moi qui jusque-là étais très organisé dans ma vie, mes horaires, très sérieux dans mon travail, j’ai commencé à avoir une vie débridée, à sortir tous les soirs avec des amis, à passer mes soirées à boire et à faire la fête. J’avais de l’argent, je m’amusais, je ressentais moins le besoin de jouer au poker de façon « pro ». Ca a duré toute l’année 2000. A la fin de l’année, mon bankroll avait tout naturellement fondu. Et c’est sans doute ce qui m’a sauvé. Je me suis dit que je valais mieux que ça en tant que joueur, que jouer au poker était tout ce que je savais faire et qu’il fallait que je le fasse bien. Je m’y suis donc remis sérieusement, je me suis consacré et concentré exclusivement sur mon jeu pour arriver là où j’avais envie d’être.
C’est en 2003 que tu rencontres celle qui sera ta future femme, Lori. A-t-elle joué un rôle dans ton regain d’envie et d’ambition ? Absolument. Ma femme est une catholique fervente, avec des valeurs et des principes, une philosophie qu’elle m’a transmis. Finies les virées nocturnes, les vaines beuveries. En plus, être lié à quelqu’un, c’est avoir une responsabilité. Je ne dois plus me préoccuper que de moi, mais aussi et surtout d’elle. Il ne fallait plus que je fasse de mauvais choix, car je n’étais plus seul concerné. Cette prise de conscience m’a ouvert les yeux, et m’a donné une motivation supplémentaire extrêmement forte. Et d’ailleurs, les résultats ne se sont pas faits attendre : 2004 a été une année exceptionnelle pour moi, avec de très nombreuses tables finales, et surtout deux titres majeurs – un tournoi WSOP et la Grande Finale du WPT. J’ai vraiment bien joué tout au long de l’année, je me sentais bien sur tous les tournois que j’ai disputés, j’avais d’excellentes sensations. Cerise sur le gâteau, j’ai même remporté le titre de joueur de l’année !
En parlant de tournois et de circuits, quel est le celui que tu préfères, que ce soit pour l’organisation, la structure etc. ? Je crois qu’aujourd’hui, le circuit le plus complet sur une saison est l’European Poker Tour. Non seulement ils réunissent des joueurs du monde entier, mais en plus leur buy-in élevé (8.000 euros, soit plus de 10.000 $) contribue à en faire les tournois parmi les mieux dotés au monde. Pour ma part, je découvre ces tournois grâce à PokerStars, et j’aime la nouveauté qu’ils représentent. Cette fraîcheur, ces nouveaux visages, ces joueurs que je ne connais pas, crée une ambiance un peu électrisante. Avec les deux autres circuits, qui sont essentiellement américains, je l’étais installé dans une sorte de routine. Là, j’ai un nouveau challenge.
Tu ne dis pas ça parce que tu viens de signer avec PokerStars ? (Sourire amusé) C’est ce que tu pourrais croire, mais non, sincèrement, ce n’est pas le cas. John Dutie est quelqu’un d’extraordinaire, et l’organisation des EPT est vraiment excellente. Aux USA, tout est trop strict, trop rigide. Les règlements sont appliqués au pied de la lettre, quelquefois en dépit du bon sens. En Europe, la dimension humaine subsiste, contrairement aux USA : le client est roi. Le seul inconvénient, c’est que je ne parle pas toutes les langues de chacun des pays dans lesquels se déroulent les différentes étapes du Tour… Ceci dit, c’est compensé par les prize pool, qui sont définitivement alléchants !
Quel tournoi rêverais-tu de gagner ? Sans hésiter le H.O.R.S.E. C’est le seul tournoi au monde où tu es confronté aux 150 meilleurs joueurs du monde. Là, pas d’amateurs, pas de hasard. Au Main Event, tu peux te retrouver en table finale face à des joueurs qui ne sont ni très bons, ni très expérimentés, et pour certains c’est même leur premier tournoi. En revanche, impossible d’être en veine sur cinq variantes différentes, jouées en Limit, pendant tout le temps d’un tournoi, et c’est tout particulièrement vrai pour les variantes de Hi/Lo. Un mauvais joueur n’a vraiment aucune chance de finir à une place honorable alors que la crème du poker se hisse logiquement au plus haut niveau. Résultat : en table finale, tu ne retrouves que les tous meilleurs, Doyle Brunson, Phil Ivey, Chip Reese, tous à la même table ! Pour moi, c’est vraiment l’épreuve reine, celle qui couronne vraiment le Champion du monde.
Certains joueurs professionnels affirment qu’ils préfèrent affronter des experts du jeu plutôt que des débutants ou des mauvais joueurs. Qu’en penses-tu ? Qu’ils ont tout faux ! Il est très facile de savoir ce qui se passe dans la tête d’un mauvais joueur. Je préfère mille fois affronter 7 mauvais joueurs que me retrouver à la table avec 7 joueurs du calibre de Phil Ivey ! Tu aimerais jouer contre 7 Ivey en même temps, toi ? Même si les débutants sont quelquefois imprévisibles, et peuvent et faire subir des mauvais coups, qu’ils ne gagnent que par chance et contre les probabilités, mais ils font tellement d’erreurs que tu ne peux pas perdre contre eux sur le long terme. Par exemple, s’ils touchent une couleur, ils la jouent comme s’ils avaient la couleur max. Avec couleur max contre couleur, je ne prendrai jamais le tapis d’un Phil Hellmuth. Celui d’un débutant, si. Sur un bad beat, un débutant peut te prendre 20 ou 30.000 jetons. Tu crois qu’un Doyle Brunson ou qu’un Chip Reese s’en contenterait ? Non, eux, c’est tout ton tapis qu’ils veulent. Les mauvais joueurs vont te faire mal une fois sur 10, mais les 9 autres fois, je les mange. Donc, ça me convient.
Comment définirais-tu ton style de jeu ? J’ai un style tout-terrain. Je m’adapte, je change de style, de rythme en fonction des situations. Et je suis toujours en contrôle. Même si je passe quelquefois pour un fou, je sais en fait exactement ce que je fais. Je maîtrise mon jeu, même quand on ne le remarque pas. Je suis agressif mais toujours prudent. En fait, j’adapte mon jeu à la physionomie de la table. Je joue un rôle en permanence.
Donc, pour toi, jouer au poker, c’est jouer un rôle ? Les comédiens professionnels comme Patrick Bruel ou Tobey MacGuire auraient-ils un avantage ? Oui, aujourd’hui, on ne peut plus jouer uniquement technique, comme avant. En fonction des tables auxquelles tu joues, que ce soit en tournoi ou en cash game, tu dois analyser les joueurs, et composer. Ce qui revient à jouer un rôle. Donc il est vrai qu’être comédien est atout, leur talent d’acteur leur confère clairement un avantage à la table de poker. C’est un petit handicap de jouer contre des acteurs, ils sont généralement illisibles. A l’inverse, le risque pour eux est de ne jouer que sur cette corde et en oublier la technique. On ne peut pas s’en sortir qu’en faisant de l’acting. Mais ce n’est effectivement le cas ni de Bruel, qui joue très bien, ni de MacGuire, qui étonne de plus en plus.
Quelle est ta plus grande qualité, celle qui te donne l’avantage sur les autres ? Ma force, c’est mon jeu après le flop. Et si mon jeu post-flop est bon, c’est parce que je ne joue pas les cartes, mais les situations et les joueurs. C’est particulièrement vrai pour les tournois à grosse profondeur de tapis : les mains de départ perdent en valeur, elles sont beaucoup moins importantes. Ce sont les décisions pendant les coups qui comptent. Je n’ai pas honte de retourner 2t5t au showdown si c’est la main gagnante !
Quel secteur de ton jeu penses-tu devoir, ou pouvoir améliorer ? C’est dans la motivation et la concentration. Sans pression, sans challenge, j’ai tendance à me relâcher, à me reposer sur mes lauriers. C’est tout ce qu’il ne faut pas faire. Je dois mériter ma place dans le monde du poker, mériter mes victoires. Pour cela, je dois sans cesse m’efforcer de jouer à mon meilleur niveau, m’assurer en toute occasion que je fais de mon mieux, sur une année, un mois, une session et même sur chaque coup joué. Quelquefois la motivation baisse, je perds de vue mes objectifs – être le meilleur, toujours – et je joue davantage en dilettante. Je dois veiller à ce que ça n’arrive pas, à ne pas oublier pourquoi je suis là : gagner. C’est malheureusement ce qui m’est arrivé en 2000, et j’ai ainsi logiquement eu une très mauvaise année. Je dois penser en permanence à rester au top, à me reprendre si nécessaire car je m’en veux très vite de baisser, de ne pas faire de bons résultats. Car lorsque je perds de vue mes objectifs, je deviens mauvais.
Comment fais-tu pour garder ton sourire et un calme du moins apparent après un gros bad beat ? Il faut absolument séparer les émotions du jeu, car le poker, c’est la compétition, et dans la compétition, tu ne dois montrer aucune faiblesse. C’est valable pour tous les sports. Imagine Tiger Woods qui s’écroulerait mentalement après un mauvais coup, ou un boxeur… On ne peut pas s’attarder trop de temps sur un bad beat. Pour ma part, je sors carrément la carte de l’héroïsme : même si c’est souvent très difficile, je préfère en rire et plaisanter pour ne pas montrer à mon adversaire qu’il m’a fait mal. Sinon, il va se sentir fort, monter en puissance et inévitablement, il va prendre un ascendant sur moi. Et ça, il n’en est pas question. Car au poker, il n’y a rien de pire. A l’inverse, si tu arrives à faire bonne figure et à plaisanter après un mauvais coup, ton adversaire sera totalement désorienté, car il se dira qu’il n’a vraiment aucune prise sur toi. Quelque part, rester zen fait partie de ma stratégie, comme parler ou s’énerver peut faire partie de celle d’autres joueurs. Tu vois de qui je veux parler, n’est-ce pas ? (Rires) Au-delà de ça, j’estime que je dois, autant que possible, garder une contenance en toutes circonstances et avoir une bonne tenue de table pour donner une belle image du poker. Quand des fans m’assaillent immédiatement après que j’aie sauté d’un gros tournoi pour avoir des autographes, je m’exécute avec le sourire, même si je n’ai qu’une envie, courir me réfugier chez moi. C’est très important pour moi de bien représenter le jeu et d’être à la hauteur de l’image que les gens ont de moi.
Justement, parlons de ton image. Comment expliques-tu le fait que tu sois le chouchou des médias et comment vis-tu ce rôle, volontaire ou involontaire, d’ambassadeur planétaire du poker ? Je suis fan de poker d’abord, et joueur ensuite. Par conséquent, dès que je suis entré dans le circuit de façon professionnelle, et que j’ai décidé de consacrer ma vie au jeu, il m’a paru naturel de m’investir dans le monde du poker, à travers tous ses aspects : la promotion du jeu, les discussions et débats techniques etc. Effectivement, je me considère comme un ambassadeur du poker à travers le monde, et je pense que mon personnage a beaucoup apporté : mes interviews sont lues, les émissions auxquelles je participe sont très regardées. J’ai écrit deux ouvrages – Hold’em Wisdom for All Players et Poker Hold’em Strategy, ndlr –plus d’une centaine d’articles techniques, je tiens un blog… Je crois que cet échange est important, et j’aime partager avec les gens autour de ce jeu fascinant qu’est le poker. Ce n’est ni un jeu de gangsters, ni un jeu de gambleurs, mais une discipline, un sport intelligent, sain et « fun », qui nécessite en outre de nombreuses qualités, notamment mentales. C’est important de le faire savoir, et c’est ce que je m’efforce de faire à travers toutes mes activités.
Que penses-tu des joueurs français ? Vous avez une belle brochette de joueurs : Bruno Fitoussi, qui a fait une superbe performance cette année, Patrick Bruel, David Benyamine, Jan Boubli, Claude Cohen… De façon générale, chaque nationalité a son style. La particularité des joueurs français, c’est leur créativité. Ce sont certainement les joueurs les plus imaginatifs et les plus créatifs à une table de poker. Ils n’ont pas un style figé, mais plusieurs niveaux de jeu. Ils sont très malins, et jouent tout en finesse. Ce qui les rend très difficiles à lire, et donc à jouer. Je vous rassure, vous êtes bons !
Quels conseils peux-tu donner aux jeunes joueurs ? Tout d’abord, d’avoir un job à côté du poker, avec des revenus réguliers. Car il faut absolument comprendre qu’il est plus facile de gagner au poker quand on n’a pas de pression, quand on ne compte pas sur tes gains de jeu pour vivre, payer son loyer etc. La pression fait inévitablement commettre des erreurs. Ca peut paraître paradoxal, mais pour gagner, il faut jouer avec de l’argent qu’on peut se permettre de perdre. Ensuite, si un jeune veut passer pro, il faut d’abord qu’il se construire un vrai bankroll, qu’il travaille et étudie son jeu et qu’il s’assure qu’il a les qualités nécessaires – techniques et mentales – pour faire du poker son unique profession. Là, il peut s’accorder une période test de 6 mois pour voir s’il arrive vraiment à vivre du poker. Mais il ne faut surtout pas se lancer dans cette aventure avant d’avoir pris toutes ces précautions.
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