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N1 Classement 2008

Le meilleur joueur francais

Le TOP 10

1

BENYAMINE David

2

HAIRABEDIAN Roger

3

GROSPELLIER Bertrand

4

BIECHEL Rémy

5

ROY Alain emile bernard

6

LELLOUCHE Anthony

7

BAZIN Stéphane

8

ABOUR Ryad

9

ROZEL Roland

10

KORCHIA Willy

Portrait/Interview > Gus Hansen, Une tête brûlée venue du froid

Gus Hansen,

une tête brulée venue du froid

Imprévisible, redoutable, agressif : voilà ce qu’on dit de Gus Hansen. A raison. Mais on oublie de dire que c’est aussi un formidable tacticien, qui calcule aussi vite que Deep Blue. Heureusement, cela ne l’empêche pas d’être un type sympathique, humble et même d’une extrême gentillesse. Rencontre avec un OVNI du poker.

Avoir un « Gus », vous savez ce que c’est ? C’est avoir des cartes « poubelles » du type 7-3 dépareillés… Mais pas de problème pour gagner avec cette main quand on s’appelle Gus Hansen, parce que le grand Danois, lui, est capable de gérer ses flops et ses adversaires avec les cartes les plus inattendues ! Depuis que Gus a débarqué dans le monde fermé du poker professionnel, le poker n’a plus jamais été le même. Novateur, brillant et audacieux, Gus a révolutionné le poker moderne pour en devenir le héros, à tout juste 32 ans. Son style de jeu atypique, sa capacité extraordinaire à lire ses adversaires et ses faits d’armes l’ont propulsé aux sommets en moins de cinq ans. Seul joueur au monde à avoir trois titres WPT en poche, il est aussi l’écrasant vainqueur de la première saison du Poker Superstars Invitational Tournament, en 2005. Un tournoi à 400 000 $ auquel n’étaient conviées que huit légendes. Au menu : Doyle Brunson, Johnny Chan, Chip Reese, Phil Ivey, TJ Cloutier, Barry Greenstein, Howard Lederer et… Gus Hansen. Qui s’est chargé d’éliminer un à un chacun de ses sept illustres adversaires !

D’abord considéré comme un joueur fou, erratique et incroyablement chanceux, ses détracteurs ont fini par s’incliner devant ses performances qui ne pouvaient plus être attribuées à sa seule bonne fortune. Comme le confiait avec beaucoup de fair-play Andy Bloch, l’une de ses victimes lors du Los Angeles Poker Classic en 2003 : « Gus peut jouer beaucoup de mains, et les jouer parfaitement, car son jeu post-flop est excellent. Du coup, il peut s’en sortir avec R-7 ou V-5 ». Et Gus n’hésite pas à en abuser… le plus souvent avec succès.

Compétiteur dans l’âme, c’est aussi un grand sportif, un as du tennis, un professionnel du backgammon et un joueur d’échecs à ne pas prendre à la légère. Tous ces talents en un seul homme… Rendez-vous est donc pris avec Gus à Las Vegas, où il dispute le Festa al Lago Classic, un tournoi du World Poker Tour. Le jour dit, je pénètre dans le hall du Bellagio, impressionnée et presque émue à l’idée de rencontrer LA star. Qui se trouve aussi avoir été élu l’un des 50 mecs les plus sexy de la planète par le magazine People…

Las Vegas - octobre 2006

Je te remercie d’accorder cet entretien à Live Poker, et je dois dire que je suis très honorée de rencontrer un joueur de ton envergure. Pas de problème, avec plaisir ! Tu sais, je suis juste un petit gars du Danemark…

Petit, petit… Pas vraiment ! Ni par la taille, ni par le talent. On t’a d’ailleurs surnommé « the Great Dane » (le Grand Danois, ndlr), ce n’est pas pour rien… Je te rassure, je ne me le suis pas auto-attribué ! On m’a surnommé ainsi il y a longtemps, (je ne sais pas qui, d’ailleurs) et c’est resté. Il faut dire que je suis Danois, donc ce surnom est somme toute assez logique.

Ce surnom aussi consécutif à tes deux victoires lors de la première saison du World Poker Tour, en 2002 (Le Five Diamond World Poker Classic et le LA Poker Classic, ndlr). Qu’as-tu ressenti lors de ces deux très belles performances ? Evidemment, c’était un sentiment magnifique et un super résultat pour une première participation ! Comme tu l’as rappelé, c’était la saison inaugurale du WPT et le tournoi n’était pas encore aussi célèbre et installé que maintenant. Mais ça avait l’air intéressant, bien organisé, avec une très belle dotation, donc j’ai décidé de tenter ma chance. Je me suis donc inscrit au tournoi inaugural du WPT, le Five Diamond (10 000 $ de droit d’entrée, ndlr), qui se déroulait au Bellagio. A ce moment-là, j’avais déjà développé le style de jeu agressif qui est ma marque de fabrique, et ça a payé ! J’ai remporté ce premier tournoi, et c’est à partir de là que j’ai réalisé que je pouvais être un vrai joueur de poker, compétitif, et aussi bon, sinon meilleur que certains. J’ai participé à quatre tournois du WPT cette année-là, et j’en ai gagné deux. C’était vraiment encourageant pour la suite.

Justement, ce sont ces victoires au WPT mais surtout le style de jeu que tu pratiques qui t’ont rendu si célèbre. Peut-on qualifier ce style de jeu de « large agressif » ? Ce n’est pas absolument exact, mais je suppose qu’on peut le dire à peu près en ces termes. En tout cas, c’est ainsi que la plupart des gens me voient, les joueurs y compris ! Mais cette image ne correspond pas tout à fait à la réalité. C’est l’image que les autres ont de moi, c’est l’image que les montages réalisés à la télévision donnent de mon jeu. Mais tant mieux ! Cette image de joueur un peu « loose » (large) me donne un avantage sur mes adversaires, qui croient souvent que je les bluffe (ce qui arrive quelquefois, bien entendu !), ou qui pensent que je paye leurs relances avec des mains moyennes, voire marginales (ce qui arrive aussi parfois !). En fait, je sais ce que je fais, et contrairement à ce qu’on pense, je ne suis pas totalement fou ! Juste ce qu’il faut… En fait, je calcule bien mon coup, j’agis rationnellement et je suis plus tight (serré) qu’on ne veut bien le croire.

Quand tu es arrivé sur le circuit professionnel, on a même dit que tu as révolutionné le poker. Que penses-tu avoir apporté précisément au jeu ? (Rires) Quand j’ai sorti Freddy Deeb lors du Five Diamond, il a dit que je jouais très très mal ! Je jouais juste différemment… Ces dernières années, le poker a effectivement beaucoup évolué. Les gens jouent de plus en plus, et de mieux en mieux. Les gens comprennent mieux le poker, et aujourd’hui, ils réalisent qu’en n’entrant dans un coup qu’avec des mains du type paire d’As, de Rois ou de Dames, ou AR, vous devenez très facilement lisible. Dans ce cas, quand vous entrez dans un coup, on imagine aisément les cartes que vous avez en main. Je ne joue pas de façon aussi stéréotypée. Vous pouvez avoir 8-10 en main, et battre des monstres comme AR ou mieux ! Il n’y a pas que la force des mains pré-flop qui compte : le board est aussi très important. Je préfère être un tout petit moins sélectif dans mes mains de départ, et jouer un peu plus de coups. Mon avantage et ma force résident précisément dans mon côté imprévisible. C’est ce qui me caractérise le plus et c’est, je crois, ce que j’ai apporté au poker.

Donc, tu axes plus ton jeu sur le flop que sur les mains de départ ? Et en fonction, tu adaptes ta stratégie post-flop ? Dans un sens, oui. Mais ça ne m’empêche pas d’être très agressif pré-flop ! Quelquefois, on se retrouve face à des joueurs qui gèrent mal leur jeu post-flop, et dans ces cas-là, j’en profite. Je leur mets la pression au maximum, de sorte qu’ils se posent mille questions, et après à eux de voir s’ils veulent payer pour vérifier que je bluffe ou pas. C’est l’essence même du poker et plus encore du no-Limit : il faut jouer ses adversaires, pas les cartes ! Les bonnes cartes ne sont pas toujours au rendez-vous, donc il faut savoir saisir sa chance quand on sent que son adversaire ne va pas suivre. Et s’il ne suit pas, peu importe ce que vous avez en main… Quelque part, vous jouez plus les cartes de votre adversaire que les vôtres.

Tu étais joueur professionnel de backgammon et aussi très bon joueur de tennis. Qu’est-ce qui t’a décidé pour le poker plutôt que pour l’une ou l’autre de ces disciplines ? Pour ce qui est du tennis, je n’ai jamais été assez bon pour envisager d’en faire un métier, devenir professionnel et participer aux compétitions internationales. Et le backgammon, aujourd’hui comme il y a dix ans, n’était pas un jeu aussi répandu que le poker : pas toujours évident de trouver des endroits et des gens pour y jouer. Et il est arrivé un moment où j’étais à court d’adversaire… En fait, cela devenait compliqué d’en vivre. Alors qu’avec le poker, les choses sont plus faciles : il y a toujours quelqu’un quelque part qui joue ! Bien sûr, j’ai régulièrement joué au backgammon durant ces dix dernières années, et j’y joue encore, mais aujourd’hui, c’est définitivement le poker qui occupe la première place.

Quand et comment as-tu découvert le poker ? En 1993, à Santa Cruz. A l’époque, je parcourais les Etats-Unis pour jouer au backgammon, quand un copain m’a proposé de l’accompagner dans une poker room. Et ça m’a plu. Cette année-là, j’ai commencé à en apprendre les règles et les bases. J’allais dans des salles de jeu, et je jouais, mais je ne savais pas vraiment ce que je faisais ! Comme tout le monde, je jouais très petit, et je balbutiais mon poker. C’est en 1997 seulement que j’ai vraiment commencé à pratiquer de façon plus sérieuse, et l’année d’après, je me suis surpris à jouer beaucoup plus au poker qu’au backgammon.

Comment as-tu décidé de franchir le pas pour devenir professionnel ? J’aime jouer, j’aime le risque et les sensations qui vont avec. Et plus je jouais au poker, plus j’aimais ça, et puis je m’apercevais qu’après tout, je n’étais pas si mauvais ! Etant donné que j’étais déjà professionnel de Backgammon depuis cinq ans, la perspective de devenir professionnel de poker ne m’a pas effrayé ; au contraire, cela m’a paru naturel. Je me suis dit : « Let’s go ! ». Et si ça n’avait pas marché, je serais revenu à ce que je sais faire. Tout simplement.

Quelles ont été les réactions de ton entourage à cette décision ? Très bonnes. Ma famille, mes amis m’ont soutenu et encouragé dans cette voie. Personne ne m’a jamais forcé à faire de longues études ou à avoir un diplôme, un « filet de sécurité ». De toutes façons, je suis un fonceur, et j’essaie de faire ce que j’ai envie de faire. Et si ça ne marche pas, j’essaie autre chose !

Et en quoi le fait d’être un champion de backgammon t’a-t-il aidé à devenir un champion de poker ? Cela m’a aidé, c’est vrai, notamment par le côté mathématique. Mais surtout, j’ai adapté une notion capitale du backgammon au poker : c’est ce qu’on appelle le principe d’équité. Pour faire simple, l’équité est votre espérance de gain. Elle se calcule précisément au Backgammon, et quand elle est en votre faveur, il faut prendre la main, et agresser votre adversaire. Mais François Tardieu, qui collabore à votre magazine, et qui est considéré comme l’un des tout meilleurs joueurs mondiaux, t’expliquera cela mieux que moi… De façon générale, tous les joueurs de backgammon qui se mettent au poker partent avec un avantage sur les autres, car non seulement ils ont de solides notions de calcul de probabilités et de chances de gain, et ils ont plus d’objectivité sur le jeu. Ils considèrent le jeu et évaluent la situation à la foi de leur point de vue, mais aussi du point de vue de leur adversaire. Alors qu’en général, les joueurs de poker ne tiennent compte que de leurs cartes. Et ça ne devrait pas être le cas.

Tu calcules donc tes cotes sur chaque coup ? Et comme tu aimes suivre avec des mains quelquefois inhabituelles, des « Gus », tu calcules aussi tes cotes induites* dans le cas où tu rencontrerais le bon flop ? Oui, j’essaye de mettre toutes les chances de mon côté, en ayant toutes les informations dont je peux disposer. Mieux vous savez calculer vos chances de gains, la cote du pot, les probabilités de compléter un tirage, plus vous avez d’informations utiles pour élever votre jeu et gagner. Connaître ses probabilités est naturellement un atout majeur, qui personnellement, m’aide beaucoup. Ceci dit, le calcul des cotes induites est un vrai défi ! Les joueurs et même les experts ne sont pas d’accord sur la façon d’évaluer les cotes induites ; c’est une notion subtile et complexe que je préfère prendre avec des pincettes. Bien sûr, j’essaye malgré tout de calculer, dans la mesure du possible, ce que je peux extraire d’un coup important avec une main intermédiaire si je « touche ». Mais pour être tout à fait honnête, on m’attribue des compétences mathématiques que je n’ai pas forcément ! On a dit de moi ici et là que j’avais fait des études scientifiques, et que j’étais notamment très bon en maths. J’ai toujours été fasciné par les mathématiques et le calcul, que j’utilise dans le poker et aussi dans le backgammon, mais je ne suis pas plus « pro » en la matière qu’un autre ! J’ai d’ailleurs arrêté mes études après le lycée, je ne suis jamais allé à la fac.

Ton amie Isabelle Mercier nous a confié que vous passiez des heures à discuter de technique, et notamment des nombreuses façons de jouer une paire d’As, selon la position, les adversaires, etc. Comment Gus Hansen joue-t-il une paire d’As UTG** en début de tournoi ? Il n’y a pas une façon unique de jouer une paire d’As, et c’est là toute la beauté du poker ! Jouer une paire d’As (ou n’importe quelle main, du reste) va dépendre de très nombreux facteurs : il faut tenir compte du moment du tournoi, de ton adversaire, des tapis, et bien sûr de ta position. En général, je la joue comme si j’avais une grosse paire en main, mais pas une paire d’As. Et j’espère améliorer en brelan ! Mais ça, bien sûr, c’est le cas de figure idéal…. (Rires) Cela dit, avec une paire d’As, je relance toujours.

Prenons l’exemple que tu évoquais : tu es en début de tournoi, ton tapis est de 10 000 et les blinds sont de 25-50. Tu ouvres une paire d’As UTG. Que faire ? Personnellement, j’opte pour une relance standard, c’est-à-dire trois fois la surblind ; donc je relance à 200. C’est d’ailleurs exactement ce qui m’est arrivé l’an passé à l’EPT de Barcelone. J’ai donc effectué ma relance standard, et un joueur me sur-relance. Je me suis contenté de caller, dans l’espoir de lui arracher tout son tapis après. Le flop n’a affiché que de toutes petites cartes, quelque chose comme 3, 5, 8. Il a « envoyé » son tapis avec une paire de Rois, et j’ai gagné le coup. Si je l’avais joué autrement, par exemple en le sur-relançant à mon tour pré-flop, il se serait méfié et je ne lui aurais probablement pas tout pris…

A propos de tournoi, as-tu en tête une stratégie ou un schéma tactique bien établi quand tu abordes une compétition ? Non, pas vraiment. Mais j’aime bien jouer un maximum de coups en début de tournoi, car c’est à ce moment là que les profondeurs de tapis sont les plus élevées. En fait, en tournoi, la plus important est la structure des blinds. La plupart des tournois démarrent avec une cave initiale de 10 000 jetons, et le premier niveau est de 25-50. Comparé aux blinds, vous avez donc beaucoup de jetons. Ca laisse de la place pour voir des flops, et tu peux te permettre de tenter des choses pas toujours académiques ! Mais pas besoin pour autant de prendre des risques inconsidérés. Il ne faut surtout pas croire qu’il faut doubler son tapis à tout prix dans les premiers instants du tournoi (sauf si vous êtes parfaitement sûr d’avoir le meilleur jeu sur un coup). Il faut plutôt essayer de construire progressivement un gros stack. Par exemple, en allant le plus de flops possible, et le moins cher possible, et avec une grande variété de mains. Dans le cas où tu dois te coucher, tu n’auras pas perdu beaucoup de jetons. Mais si tu touches ton jeu, alors là, tu peux faire très mal à ton adversaire. Et dans tous les cas, tu peux toujours improviser au flop, surtout face à des joueurs un peu faibles…

En revanche, quand tu arrives à des niveaux très supérieurs, que ton tapis est resté à 10 000, mais que les blinds sont de 1000-2000, ça change beaucoup de choses… Il faut attendre son heure et prendre les bons risques au bon moment. Dans un tournoi, il faut constamment être attentif à ton tapis, et le mettre en rapport avec les blinds et la taille moyenne des pots. Et plus le tournoi avance, plus tu auras affaire à des joueurs aguerris, moins susceptibles de faire les mauvais choix.Ca aussi, c’est important.

Tu joues souvent en cash-game ? Oui, très souvent. De plus en plus, en fait. Je préfère les cash-games aux tournois. D’ailleurs, je pense que mon style de jeu convient davantage aux parties d’argent. Depuis 2005, j’ai décidé de jouer moins de tournois pour me concentrer davantage sur les cash-games et affûter mon jeu dans ce sens. Et en 2006, j’ai été plus sélectif encore sur ma participation dans les tournois et autres événements de ce type. Je suis notamment un régulier du « Big Game » (les parties de cash-game les plus chères au monde, disputées tous les soirs au Bellagio, ndlr), où j’affronte des joueurs redoutables tels que Phil Ivey, Doyle Brunson, David Benyamine ou encore Barry Greenstein, et ce sur pas moins de 13 variantes différentes ! Je participe également aux High Stakes of Poker. En ligne, je joue surtout au Pot-Limit Omaha et à l’Omaha Hi-Lo. Sur Fulltilt, bien sûr.

Et pour toi, quelles sont les principales différences entre un tournoi et un cash-game ? La différence fondamentale, à mon avis, se trouve dans la structure des blinds. Lors d’un tournoi, les blinds augmentent régulièrement, ce qui oblige à constamment adapter son jeu en fonction du niveau des blinds. Cette contrainte n’existe pas en cash-game, où les blinds sont toujours identiques. Le rythme du jeu est donc plus régulier et plus stable. C’est une forme de souplesse et de liberté que l’on n’a pas en tournoi.

Le poker est un jeu extrêmement populaire dans les pays nordiques. Quelle en est la raison selon toi ? Et qu’est-ce que cette « école scandinave » a de spécifique ? Je n’ai pas vraiment d’explication. Mais c’est vrai que dans les pays scandinaves, et notamment en Suède, mais aussi en Norvège ou au Danemark d’ailleurs, il y a vraiment d’excellents joueurs. Je fréquente beaucoup de jeunes joueurs danois et scandinaves, et je peux te dire qu’ils prennent le poker très au sérieux, et qu’ils travaillent vraiment beaucoup leur jeu. C’est d’ailleurs la seule façon d’y arriver. Et comme chacun sait, ça marche plutôt bien ! Leur style solide, tight et agressif, fait des ravages. En ligne comme en live.

Le gouvernement américain vient de voter l’interdiction du poker en ligne (la loi n’a pas encore été ratifiée, ndlr). Est-ce que tu penses cela va affecter le poker et les joueurs d’une façon ou d’une autre ? (Rires) A mon avis, c’est une loi stupide votée par des idiots ! De toutes façons, depuis 6 ans que George Bush est au pouvoir, beaucoup de décisions stupides ont été prises, n’est-ce pas ? Je pense que ce ne sont pas les Français qui me contrediront là-dessus… Pour en revenir aux conséquences de cette loi, je pense sincèrement que cela n’empêchera les joueurs de s’adonner à leur passion. D’une façon ou d’une autre, ils trouveront toujours un moyen de continuer à jouer. Le phénomène a pris beaucoup trop d’ampleur pour qu’une simple décision gouvernementale puisse le résorber.

Quel est aujourd’hui, à ton avis, le meilleur joueur du monde ? Cela dépend du type de poker pratiqué. En Limit Hold’em, les meilleurs joueurs du monde sont des joueurs scandinaves qui sévissent principalement online. En tournoi, je dirais Phil Ivey. En cash-game, toujours Phil Ivey, mais aussi Chip Reese et David Benyamine (qui est aussi très bon en tournoi, d’ailleurs). Et sur le Net, c’est sans doute un joueur connu sous le pseudo de « Eric123 ». Lui, il est vraiment très fort.

A 30 ans à peine, tu as rejoint les légendes du poker Doyle Brunson et James Garner sur le « Poker Wall of Fame ». Tu es considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde, qui a de surcroît révolutionné la discipline. Quel est ton prochain challenge ? Le tournoi que tu aimerais le plus gagner, par exemple ? Je suis un gars heureux, et c’est tout ce qui compte ! Du moment que ma famille et mes amis se portent bien, ça me suffit. Je n’attends rien de particulier à part ça, et je travaille pour améliorer ma façon de jouer de jour en jour. Quant à mon prochain challenge, il n’a rien à voir avec le poker ! Cette fois, ce n’est plus sur un tapis vert que je dois défendre mes chances, mais sur un court de tennis, face à Patrick Antonius (joueur de poker professionnel, ndlr). Pour 200 000 $, tout de même ! Et s’il y a un tournoi que j’aimerais gagner plus que n’importe quel autre, c’est bien entendu le Main Event des WSOP. Mais vu le nombre extrêmement élevé de participants (8773 en 2006, ndlr), cela devient de plus en plus difficile. Il faut non seulement jouer à la perfection, mais en plus avoir beaucoup de chance. Mais comme je dis souvent, « somebody has to win » !

*Ce qu’on peut espérer extraire d’un coup si on complète un tirage, par exemple, et qu’on pense pouvoir faire suivre l’adversaire.

** UTG (Under The Gun) : c’est la position du joueur qui parle en premier, juste après les blinds.