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Hairabedian Roger
Vainqueur du Grand Prix de Paris cette année, il est une valeur sûr du poker français. Bien connu des cercles parisiens ce joueur est l’un des meilleurs de l’hexagone. Il fait partie de l’él...

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Portrait/Interview > Interview Phil Ivey

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Phil Ivey, le Tiger Wood du poker

Jeu ultra-agressif, présence intimidante et pokerface en toutes circonstances, Phil Ivey est l'homme que tous redoutent de trouver à leur table. Il vient de le prouver encore récemment en remportant le LA Poker Classic dans une compétition trés relevée où plusieurs grands noms se sont affrontés dans un combat sans merci. Il signe ici un retour en grâce sur le devant de la scène internationale, un retour qui sonne comme un avertissement à tous les jeunes loups qui auraient la prétention de lui ravir sa place de n°1 mondial.

 

Toutes nos félicitations pour cette victoire remarquable. Toi qui étais très attendu et qui n’avait pas remporté de tournoi depuis fin 2005, que ressens-tu ?

Merci ! C’est un très grand sentiment de joie et de satisfaction personnelle de gagner un tournoi. Je n’en avais pas gagné depuis longtemps, mais il faut dire aussi que je ne disputais plus beaucoup de tournois depuis un certain temps. En plus, il s’agissait d’un événement WPT, or je n’avais jamais gagné de WPT, ce qui me rend d’autant plus fier.

 

Tu étais parmi les chipleaders dès le jour 2. Avais-tu mis au point une stratégie particulière en abordant ce tournoi ?

Non, pas vraiment. De toutes façons, je n’attaque jamais une partie ou un tournoi avec une stratégie prédéfinie, ou en me disant : « Aujourd’hui, je vais jouer tight », ou « aujourd’hui, je vais jouer loose agressif ». Tout dépend de la table, de la partie en question… De façon générale, je me contente de faire ce que je sais faire, j’essaie de voler beaucoup de petits pots, d’agresser mes adversaires. Pour ce tournoi, j’ai appliqué mon jeu habituel, j’ai pris le temps de la décision sur chaque coup et j’ai eu la chance de remporter quelques coups clé.

 

Qui craignais-tu le plus en table finale ? Phil Hellmuth, qui a d’ailleurs été un temps chipleader ?

Non, je n’ai peur de personne quand je joue au poker. Je prends simplement chaque joueur pour ce qu’il est, et j’essaie de faire de mon mieux contre chacun. Phil a été chipleader en début de finale, et c’est vrai que j’ai eu un peu de chance contre lui (Ivey a doublé sur Hellmuth avec AA contre AcRc, coup joué à tapis pré-flop, ndlr) mais de toutes façons je n’avais pas peur. Je suis difficile à intimider, tu sais…

 

Quand t’es-tu vraiment dit que ce tournoi ne pouvait plus t’échapper ?

J’ai eu quelques coups chanceux en finale, notamment quand je complète ma quinte à la river contre Nam Le qui avait les As. Ce coup m’a donné énormément de confiance, il m’a donné un grand coup d’élan et j’ai su aors qu’il serait difficile aux autres joueurs de me battre.

 

Comment expliques-tu le fait de n’avoir pas gagné de compétition depuis plus d’un an et demi ?

J’ai participé à beaucoup de tournois que par le passé. A l’origine, je suis plus un joueur de cash game que de tournoi et, quelque part, je suis simplement revenu à mon jeu de prédilection. Il est certain que jouer au cash game aux limites auxquelles je joue et pour les sommes auxquelles je joue m’a éloigné du circuit. Je ne voyais pas vraiment l’intérêt de passer trois jours à disputer un tournoi harassant, durant lequel il faut rester hyper concentré et ne pas commettre d’erreur, alors que je pouvais gagner autant en quelques heures en cash game… Mais j’avais oublié à quel point un tournoi peut être amusant et surtout à quel c’est excitant d’en gagner. Le défi n’est pas plus grand qu’en cash game mais l’intensité des fins de tournoi est une sensation exaltante qu’on ne retrouve pas dans les parties d’argent.

 

Envisages-tu donc de te remettre à la compétition et de participer à davantage de tournois dans l’avenir ?

Oui, définitivement. J’ai retrouvé le goût et l’envie d’en faire et je compte notamment multiplier mes participations aux World Series. D’autant que j’ai un excellent sponsor derrière moi !

 

Qu’est-ce qui, dans ce jeu, te passionne autant ?

Ce que j’aime par dessus tout dans le poker, c’est que c’est le poker est un éternel challenge, c’est un jeu qui te pousse dans tes retranchements, qui te force à donner le meilleur de toi-même à chaque fois. Il y a beaucoup de hauts et de bas dans ce jeu, et tu dois apprendre à être très fort pour gérer ces variations, pour perdre de l’argent. C’est la meilleure des écoles pour se forger un mental d’acier, un moral de battant. 

J’aime aussi l’idée que n’importe qui peut jouer au poker, que n’importe peut apprendre comment jouer, y compris un enfant, et même pourquoi pas gagner un tournoi. Ce n’est pas comme dans les autres sports, où tu ne peux pas décider du jour au lendemain de jouer contre le n°1 mondial de golf ou de tennis et penser que tu as une chance de le battre !

 

Précisément, penses-tu que n’importe qui, à force d’entraînement, peut devenir un grand joueur de poker, ou que ça nécessite quelque chose qui ne s’apprend, des qualités de l’ordre de l’inné ?

Non, je ne pense pas que n’importe qui puisse devenir un champion de poker. Et même gagner un tournoi ne fait pas de vous un grand joueur de poker. Cela requière des qualités naturelles, un tempérament, du contrôle et un mental de gagnant. Et, pour être tout à fait honnête, je pense qu’il faut être indifférent à l’argent, et même avoir une certaine forme d’irrespect pour l’argent si on veut jouer au poker au plus niveau. Même si l’aspect financier est inhérent au jeu, il faut faire abstraction de l’argent quand on joue au poker. On ne peut pas réfléchir en termes de valeur : si, quand on perd un coup, on se dit qu’on vient de perdre l’équivalent d’une maison ou d’une voiture, on ne pourra jamais aller bien loin ! Or, peu de gens arrivent à gérer la variance dans le poker et peu de gens parviennent à se détacher de l’argent quand ils jouent. Il faut penser à son jeu, à la meilleure façon de jouer, à comment faire les bons choix pour gagner, mais oublier les sommes engagées.

 

Penses-tu que l’étalon de mesure de la qualité d’un joueur de poker est donné par ses résultats en tournoi en cash game ?

Sans hésitation en cash game. Un tournoi, c’est limité dans le temps et dans le risque financier. On peut bien ou mal jouer l’espace d’un tournoi, ça ne dit pas grand chose sur vos qualités de jeu. De plus, l’aspect financier, qui est le plus difficile à gérer psychologiquement, n’existe pas dans un tournoi : vous achetez votre ticket pour un certain montant, et vous ne risquez que ce buy-in, pas un sou de plus. Alors qu’en cash game, le risque est incommensurable par rapport au tournoi, et il faut savoir le gérer. Une partie de cash game, c’est un challenge qui dure toute la vie, et qui impose que vous soyiez assez fort pour vous maîtriser et maîtriser votre jeu en permanence. Encore une fois, rares sont les personnes qui ont ces qualités et cette discipline sur le très long terme.

 

Qu’est-ce qui fait de toi le joueur exceptionnel que tu es, voire le meilleur joueur du monde comme beaucoup d’experts semblent le penser ? Le fait que tu n’aies jamais peur, ton amour de la compétition et des challenges ?

Heu… Est-ce que je suis le meilleur du monde pour toi ? (Rires) Je plaisante…  Je pense que ma force, c’est que je me connais bien et que je connais bien le jeu, et je sais en gérer les aléas : savoir si j’ai envie de jouer aujourd’hui ou pas, savoir quand je dois arrêter une session… Tout est dans la gestion. Ceci dit, c’est vrai qu’il est très important de ne jamais avoir peur. C’est tout simplement impossible de jouer au poker en ayant peur.

 

Comment fais-tu pour être toujours si concentré quand tu joues, surtout quand on sait que tu peux jouer des journées entières ?

Au poker, il faut prendre les choses une à une, un coup à la fois et se concentrer à chaque fois au maximum sur chacun des coups. Et rectifier le tir quand il y a lieu de le faire. Je dois cette qualité à des années de pratique, mais je pense néanmoins que j’ai été naturellement gratifié de ce don du ciel. C’est une grande chance quand on veut être joueur de poker professionnel d’avoir cette qualité.

 

Quelle est ta plus grande faiblesse dans le jeu ? Si toutefois tu en as une…

(Il réfléchit un instant) Je crois que quelquefois je m’entête trop à vouloir poursuivre une partie dans laquelle je suis perdant. En général, je sais me lever, je tire ma révérence à temps, mais il m’arrive encore aujourd’hui, en dépit de mon expérience, d’insister pour refaire mes pertes à tout prix. C’est un défaut qu’il faut que je corrige définitivement.

 

Tu es connu pour ta pokerface légendaire, véritable masque indéchiffrable*. A l’inverse, tu passes ton temps à étudier minutieusement chacun de tes adversaires. Les tells sont-ils réellement un aspect si important du jeu ?

Oui, les tells sont importants mais les éléments de lecture les plus déterminants restent quand même les « betting patterns » (schémas de mises et de relances), les habitudes des joueurs et toutes les informations que tu peux recueillir sur les mains adverses quand elles sont dévoilées à l’abattage. Pour ce qui est de ma pokerface, elle est totalement involontaire ! Je ne revêts pas de masque quand je m’assois à la table, je n’essaye d’intimider personne, contrairement à ce qu’on croit. Je suis simplement tellement concentré, tellement impliqué dans mon jeu que les autres joueurs peuvent le ressentir.

 

Qu’est-ce qui te rend vraiment heureux dans la vie ?

Passer du temps avec ma femme, voir mes amis, jouer au golf, et savoir que je vais jouer au poker probablement pour le reste de mes jours !

 

 

* Full Tilt, le sponsor officiel de Phil Ivey, a d’ailleurs profité de cet aspect réputé de son champion pour réaliser une pub osée mais drôlissime. A savourer sur http://www.youtube.com/watch?v=u9X3h-avdFE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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